22.11.2011

Déclassements : méthode et proportion

Comme le relatent vos journaux ce mardi, les autorités de Veyrier, municipale et administrative, toutes tendances confondues, mais aussi l’ensemble des associations de quartier, ont fait la veille preuve d’une belle unité, afin de présenter devant la presse la position de la Commune sur le déclassement de la zone agricole des Grands-Esserts.

 

C’est ainsi qu’il a été dit et redit que la Ville de Veyrier, consciente de la pénurie de logements qui frappe notre canton et souhaitant prendre une part active à la résolution de celle-ci, avait donné son accord de principe au déclassement et à la construction future de plusieurs centaines de logements, notamment à caractère social. La Commune a cependant posé un certain nombre de conditions parfaitement légitimes, visant au respect de la physionomie générale de ton territoire, ce n’en déplaise à certains qui souhaitaient, une fois encore, faire passer les élus locaux comme des pourfendeurs de logements. Je ne fais ici pas référence à ceux qui l’affirmeront malgré tout, en particulier du côté de Saint-Julien, car ce serait leur accorder une fois encore l'importance qu’ils n’ont pas pour notre canton.

 

C’est ainsi que, de façon générale, la Commune a déploré la méthode de travail adoptée par le Conseil d’Etat, tant dans sa version 2005-2009 que lors de la législature 2009-2013. Celle privilégiant à tort les effets d'annonce et mettant en exergue l’intransigeance et, jusqu’ici, l’absence de volonté de concertation.

 

En premier lieu, Veyrier a fustigé le procédé qui consiste à demander aux collectivités communales de se prononcer sur un projet de déclassement, sans en connaître les tenants et aboutissants. A ce jour en effet, personne ne sait à quoi ressemblera le futur quartier. Tours de 15 étages, immeubles villageois, habitat groupé, barres informes et difformes ? Demander aux élus locaux de se prononcer dans ces conditions revient à les inviter à se livrer à l’expérience du vide de Torricelli…or, la demande de report du vote du préavis du 15 novembre dernier a été, contre toute bonne logique, rejetée par le DCTI.

 

En second lieu, il a été relevé, avec consternation, que malgré des axes routiers déjà complètement saturés (100% aux heures de pointe), de l’aveu-même des ingénieurs mandatés pour en opérer ce funeste constat, aucune solution n’avait à ce jour été même imaginée pour tenter d’y remédier. Or, ne s’agit-il pas là des prémices de la viabilité de tout projet d’envergure, comme celui des Grands-Esserts ? A cette question, l’Etat se contente de renvoyer aux résultats de l’étude qui, ironie du sort, sur la demande de la Commune, est - paraît-il - en cours de réalisation. Comme quoi, comme me le rappelait récemment avec pertinence un adjoint au maire d'un charmant village de notre canton, voter est pafois réellement un acte de foi.

 

Troisième point et non des moindres : la question du financement du projet et de ses infrastructures. L’on entend à ce propos, ici ou là, que notre Commune, forte de ses quartiers de villas, aurait tout pour bien faire. Tout à fait d’accord, du moins en théorie. Seulement voilà, le projet de déclassement des Grands-Esserts n’est pas le seul sujet de préoccupation d’une ville de plus de 10'000 habitants. La couronne du village de Veyrier est actuellement en pleine expansion : projet du Grand-Salève en construction (école, logements, salle communale, piscine, locaux commerciaux etc… pour 85 millions de francs !), crèche communale et logements en voie de réalisation aux Etournelles ; la Commune n’est pas en reste quand il s’agit de créer des infrastructures pour ses habitants.

 

Et quel serait le coût du futur quartier ? Le Conseil d’Etat n’en a pas idée et la Commune non plus d’ailleurs, tant les éléments qui permettraient de le chiffrer sont à ce jour inexistants. Nul ne sait, à titre exemplatif, si un groupe scolaire, entier ou partiel, serait nécessaire, l’étude, ici aussi, n’en ayant à ce jour pas été faite. Nul ne sait si un cycle d’orientation devrait voir le jour dans le périmètre pour désengorger celui de Pinchat. Nul n’a étudié le nombre de places de crèche nécessaires pour nos futurs habitants. Seule des estimations grossières sont en l’état disponibles : 30 à 40 millions selon l’Etat, plus de 100 selon la Commune, ce qui correspond, peu ou prou, aux Communaux d’Ambilly. Un peu comme l’histoire des manifestations, il y a donc le « selon la police » et le « selon les organisateurs ». Sauf qu’en l’espèce, il n’est pas question d’éphémères rassemblements. Mais bien de la santé financière d’une collectivité locale qui risquerait, à s’endetter de plus de 200 millions de francs pour un budget annuel actuel huit fois moindre, de ressembler prochainement, toutes comparaisons par ailleurs, à l'Italie.

 

Et malgré tout, notre Conseil municipal a dû voter. Et il l’a fait, courageusement, avec le résultat fortement majoritaire et positif que l’on sait. La réalisation de grands projets de logements et d’infrastructures, représentant une augmentation de 25% de la population d’une Commune, ne se fait pas sur un coin de table. Les mesures d’accompagnement, prépondérantes, doivent être traitées et étudiées en amont des grands projets de déclassement.

 

Le Conseiller d’Etat en charge de ces questions doit impérativement modifier sa posture, sortir de sa tour d’ivoire, prendre dès le départ son bâton de pèlerin et se rendre sur les lieux où se joue cette pièce et rencontrer ses élus, qui, s’agissant de Veyrier, sont plus que disposés à en débattre avec lui. Notre Commune a démontré dans les faits qu’elle était prête à construire. En grand nombre et dans l’intérêt de la population genevoise.

 

Alors, de grâce, que l’on ne vienne dès lors pas affirmer, comme dans la Tribune de Genève de ce jour : « j’ai l’impression que Veyrier ne se rend pas compte qu’il y a un petit problème de logements à Genève ». Pareille réaction, autobloquante, ne peut en effet que desservir le projet...et son auteur.

08:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : veyrier, logements, état, communes | |  Facebook

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